Stranger than Paradise

Exposition collective


Artistes : Steeve Bauras, Marcos Avila Forero, Pieter van der Schaaf, Ekaterina Vasilyeva, Sergio Verastegui


Commissaire d'exposition : Ekaterina Shcherbakova


Exposition : 10/09/2015 au 20/09/2015
CP5, Curry Vavart

72 rue riquet 75018 Paris

"You know, it's funny... you come to someplace new, an'... and everything looks just the same".

Stranger than Paradise (1984)


Comment peut-on décrire un espace de passage ? C’est une ambiance qui se transforme avec chaque pas. Une atmosphère nourrie de fragments. L’espace drifté est tressé de bribes de phrases, de précipitations, mais reste toutefois un lieu d’incertitude. « Suggérer au lieu de dire, faire dans la route des phrases un carrefour de tous les mots », écrit l’auteur français Alfred Jarry dans la préface de son livre Les minutes de sable mémorial. Ainsi, la nature de l’espace littéraire est invinciblement reflétée par l’atmosphère physique : la métaphore de l’espace construit, la spatialisation elle-même correspond à l’écriture poétique. Le passage est donc dépeint lettre après lettre, mot après mot, signe après signe, et pas après pas. L’espace tampon, le passage prédéterminé et en même temps inconnu, tel qu’un ancien local SNCF, plonge dans le spectre des suggestions, alternant dans l’obscurité. Que décrit le passage ? Un trajet, une histoire racontée, un objet qu’on a laissé tomber.


Le titre de l’exposition fait référence à un road-movie canonique de Jim Jarmusch. Le mouvement et le développement de la narration de ce film sont réduits à une image, soulignant l’impossibilité de l’action et son caractère absurde. On ne réussira pas à arriver quelque part en partant d’un point exclu, entouré de routes menant n’importe où. Les cadres se suivent en se devisant par l’obscurité. Celle-ci devient donc une conséquence de l’esthétique de la suggestion. Pourtant, c’est cette même obscurité qui dirige le passage ou l’itinéraire du voyageur ou du lecteur.


Le projet propose de réunir des témoignages de déplacements, à la fois anonymes et personnels, ambigus, aléatoires, mais très présents. L’exposition vise à s’interroger sur l’entropie du mouvement spatial et sémantique, en l’introduisant dans l’espace déterminé comme une accumulation de traces. Ainsi, les créations individuelles créent un récit visuel, plastique et sonore sur un voyage dans un endroit inconnu et accessible à tous les compagnons de route éventuels, dans un ancien vestiaire SNCF, entouré de chemins qui ne mènent nulle part, et devenu l’espace de travail partagé de créateurs libres.


Les travaux de la série Untitled (cartes postales) (2013-2015) de Pieter van der Schaaf, comme l’explique l'artiste, réactivent d'une manière subjective le processus de colorisation des cartes postales du 19ème siècle, utilisé par les artisans italiens qui devaient colorer des paysages sans les avoir jamais vu. Ainsi, un objet de souvenir se mêle avec l’imagination d’autre, un compagnon que l'on ne choisi pas, mais à qui on prête nos yeux. L’œuvre ~~~~~~~~~~ de Sergio Verastegui fait découvrir une sensibilité liée au trajet, à l’évolution. Dans son travail, une chose imite un mot, un élément de la construction d’une ligne mime un mot dans la construction d’une phrase, d’un récit interminable. Cette métonymie reflète une transformation de la matérialité, comme si un objet avait de l’intonation ou de la couleur. La ligne allégorique de la continuité est donc chiffrée en matière.


La vidéo La Sucursal del Paraiso (2010) de Marcos Avila Forero expose l’arrière vide d’un camion, traversant une route en terre. L’image est accompagnée de surtitres qui nous content l’histoire d’un pèlerin invisible : il explique l’histoire de son village, où il ne peut plus retourner à cause d’un conflit. Le nom de la personne, sa véritable présence sur la route que l’on voit, son avenir, les deux destinations, sont des variables inconnues, pourtant le message intime, sentimental et amer révélé dans ce travail suggère qu’il puisse appartenir à quiconque partirait à contrecœur. La sculpture Section d’or (2009) d’Ekaterina Vasilyeva, abstraite, se présente comme un objet de mesure universel et en même temps une chose vécue, « sacrée » ou idéalisée par l’artiste. Une trouvaille, privée de son côté utilitaire, est transformée en trésor, renvoyant manifestement vers une vérité incontestable.
 

Series Beyond P (2013) de Steeve Bauras a été réalisé lorsque de son voyage au Chili, qui a commencé le lendemain de la mort de Pinochet. Les images cinématiques, en noir et blanc, sont presque anonymes, et par ailleurs souffle une narration qui reste en dehors du cadre. La caméra n’arrive pas à capturer les héros, ils sont toujours en avance. Cependant, il les suit obstinément avec aisance. Ou probablement est-il lui-même le protagoniste de cette histoire?


***


Steeve Bauras (1982, FR) vit et travaille à Paris. Ancien élève de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, il a exposé aux 10e Rencontres photographiques de Bamako (2015), à la 12e Biennale de La Havane (2015), à l’espace Clovis XV (Bruxelles, 2014), au Centquatre (Paris, 2014), au Grace Exhibition Space (Brooklyn, 2014), au SAVVY Contemporary (Berlin, 2013), à HB55 (Berlin, 2013), à la Manège Gallery (Dakar, 2013), à la galerie Tiwani Contemporary (London, 2012). La photographie de Steeve Bauras a un côté objectif et narratif : des séries et des éléments séparés de leurs archives lui permettent de créer un discours visuel, accompagné de suggestions, de questions et d’incertitudes.


Marcos Avila Forero (1983, FR/CO) vit et travaille entre Paris et Bogotá. Ancien élève de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, diplômé avec les félicitations du jury, il a présenté des expositions personnelles au Château des Adhémar (Montélimar, 2015), à la Galeria ADN (Barcelone, 2015), à la Passerelle Centre d’art contemporain (Brest, 2013), au Palais de Tokyo (prix Découverte, Paris, 2012), à la galerie Dohyang Lee (Paris, 2013), au Museo de Arte Moderno (Medellin, 2013), etc. En 2013, il a été invité en résidence à la Fondation Hermès. Il est lauréat du prix Multimédia des Fondations des Beaux-Arts (Paris, 2011) et du prix Loop Award (Barcelone, 2014). Ses projets solos seront présentés au Cairn Centre d’Art (Digne-les-Bains, 2015), à la galerie Dohyang Lee (Paris, 2015), au Grand Café (Saint Nazaire, 2016) et à l’Espace d’art contemporain Camille Lambert (Juvisy, 2016). L’œuvre de Marcos Avila Forero surgit de la réalité sociale et politique avec laquelle l’artiste s’engage en dialogue. Les recherches contextuelles, les rencontres, les conversations, les expériences, les pratiques spécifiques donnent forme à sa création.


Pieter van der Schaaf (1984, NL) vit et travaille à Paris. Ancien étudiant de l’Académie Minerva (Groningen, NL) et du California College of the Arts (San Francisco/Oakland, USA), il a obtenu le prix Boesner Jeune Creation 2014, la Bourse néerlandaise du Mondrian fund en 2014 et le deuxième prix Coba de Groot Stipendium 2010. On a pu voir ses œuvres à la Galerie Jeune Création (2015), au Centquatre (2014, Paris), à la galerie Perception Park (Paris, 2014), à la galerie 6b (Paris, 2013 et 2015), à la galerie Sign (Groningen, 2012), etc. Une des notions centrales de son travail est la duplication, la transmission de l’original à la copie, et la re-représentation de la réalité, de l’objet formel.


Ekaterina Vasilyeva (1983, RU/FR) est une ancienne élève de l’École nationale supérieure des Beaux- Arts de Paris. Doctorante en histoire de l’art à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle produit des assemblages sculpturaux, photographiés, filmiques ou sémantiques à partir de fragments qu’elle isole et qu’elle recompose. Formes urbaines, éléments organiques, modules, unités de mesure, objets fonctionnels déclinés en maquettes – l’éphémère des matériaux devient pour elle celui de la pratique, performative ou discursive, du geste et du langage, qui devient tout autant un matériau plastique. L’artiste a présenté son travail à l’occasion d’expositions à la galerie Mansart (Paris, 2014), à l’espace Clovis XV (Bruxelles, 2014), au Centre d’art Galerie Elektrozavod (Moscou, 2014), au musée national Galerie Tretyakov et au Centre d’art national Winzavod dans le cadre de la 6e Biennale de Moscou (2015). 


Sergio Verastegui (1981, PE) vit et travaille à Paris. Il a fait ses études à la Villa Arson et à l’Escola de Artes Visuais do Parque Lage à Rio de Janeiro. L’artiste a présenté son travail à de nombreuses occasions, telles que des expositions personnelles à sp-arte 2015 (São Paulo), à la galerie Cortex Athletico (Paris et Bordeaux, 2014), à la Friche Belle de Mai (Marseille, 2014). Il a aussi participé à des projets collectifs à MAMCO (Genève, 2014), Meetfactory (Prague, 2014), au Centquatre (Paris, 2013), etc. Sergio Verastegui a reçu le prix Show-Room Art-O-Rama (Marseille, 2013) et le prix Jeune Création

SYMEV (Paris, 2013). Dans ses sculptures et installations, l’artiste développe une sensibilité du fragment comme élément de narration, trace en écho, qui construit des fictions potentielles.

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